Même si les bars sont fermés

Publié le par HélèneMêmesi

Les bars sont fermés. Depuis plus de quatre mois maintenant. Pour retrouver des lieux-des liens, je me barre parfois dans les recoins de ma mémoire. A l'occasion d'une balade dans le temps, j'ai reconstitué la carte mentale de mes bars. Figurez vous que j'en ai eu l'eau à la bouche. J'étais à la limite de me ruer devant n'importe quel troquet et de tambouriner sur la devanture en criant "Ouvrez s'il vous plaît ! Un demi, je vous en supplie !" Mais je me suis contentée d'un verre de jus de carottes tout droit sorti de mon frigo. On fait avec les moyens du bord en ces temps où tout déborde. Bref, c'est parti, je paye ma tournée des bars ! Le billet qui suit n'est pas une incitation à la consommation mais une incitation à l'évasion :)

Mes bars des débuts
Dans ma ville de naissance. 10 000 habitants. 15 bars peut-être à l'époque (je ne les ai pas tous fait;-). Premières sorties dans les bars, ado et adepte des diabolos kiwis. Oh les diabolos kiwis j'en ai bien siroté une centaine. Je ne prenais que ça. Allez savoir pourquoi. Peut-être le côté un peu exotique. Le dépaysement à portée de main. Les diabolos kiwis. Dans les verres ronds tout en hauteur. Avec les touilleurs bariolés. Ben oui sinon le sirop reste en bas et la saveur n'est pas la même. Ma tête quand une serveuse ou un serveur me répondait d'un ton laconique "on ne fait pas de diabolo kiwis". Bon ben va pour un diabolo menthe. Pendant ce temps, mon frère aîné allait au Niv' avec ses potos. Son bar, son territoire (bar qui est maintenant devenu une banque, tout fout le camp !).

Mes bars, mes loubards
Après les diabolos kiwis, je suis passée aux Monaco, Perroquet et autres anisettes. Avec un passage par la case paquets de 10, des Camel que l'on crapotait crânement avec les copines. Puis les roulés, les feuilles Zig-Zag, les paquets de Golden Virginia, Pueblo, Old Hoborn. Parce que l'on fumait encore dans les bars... "Je vous parle d'un temps Que les moins de vingt ans Ne peuvent pas connaître" (Damned !). Période un peu rebelle. Je m'étais acoquinée avec quelques petits loubards du cru. Et j'ai brièvement écumé la crème des bars crasseux aux carrelages ébréchés, aux fauteuils en skai collants et aux comptoirs poisseux. Avec ces cocktails d'effluves détonants, mélange d'odeur de chien, de Javel et d'alcool.

Mes bars d'études
Fin des années lycée George Sand (dire que ce lycée a été renommé !). Heureux souvenirs de soirées à siroter des girafes à La Bodega. Dont une soirée avec notre prof de français toujours très en verve. "La Bodega ça fait des beaux dégâts !"Punaise, j'ai l'impression de parler de trucs qui semblent si improbables dans notre nouvelle ère "Covid".
Années lyonnaises et apogée des bars. Passage mémorable par Le Bastringue, bar associatif (fermé depuis) avec à la clef une rencontre d'un soir qui a viré en histoire de quelques années. Et des bars à tout, des bars à jeux, bars à chants, bars à matchs d'impro théâtrale, péniches-bars. Des révisions fumeuses dans des bistrots enfumés. Puis cap sur la capitale, dernière année d'étude. Première année parisienne. Et tournée générale d'happy hours, place au Pastis à l'infini.

Les bars de Besac
Arrivée en terre bisontine avec mon compagnon de vie, dans notre ville de coeur. Me voilà séduite par les collines et...les bars. Même si je me suis calmée niveau débit de demi et Pastaga, mon enthousiasme pour les bars n'a point failli. Avec deux enfants, deux allaitements (dont un encore un peu en cours), j'ai goûté les mélanges improbables de tisane, jus de fruit, Virgin Mojito, Breizh Cola, 
Mortuacienne et autres citronnades (sans pour autant renoué avec le diabolo kiwi des débuts;-).

Des rencontres, des discussions sont seulement possibles dans des bars. C'est ainsi. Il y a le verre d'avant. Avant un ciné, un concert, un spectacle, un-tout-ce-qui-est-fermé-en-ce-moment-et-qui-nous-manque. Et puis, il y a les verres d'après. "Allez on va boire un coup". En ambiance feutrée. "Cette fois, c'est pour moi." Ou en coude-à-coude guilleret.  "Mais si, tu payeras le prochain". On a beau avoir maintenant sa tireuse à bière, sa machine à café Expresso, son extracteur de jus, sa centrifugeuse dans son petit chez soi.
Rien ne remplacera les bars. Point barre !
Ode aux bars. Vous rouvrirez. Bientôt. Nous serons là. Aussitôt.

crédits photos : Marc Raymond Photographe > https://marcraymond.photos

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