Même si nous voyons à travers

Publié le par HélèneMêmesi

Nous voyons nos libertés entamées. Nous voyons des coups pleuvoir. Nous voyons des corps vaciller. Et nous n'aurions plus le droit de voir ?
Nous ne voyons plus rien. A travers des nuages de gaz lacrymo. A travers nos larmes. A travers la foule. A travers, toujours à travers. Et vous n'avez rien à voir dans ces affaires ?
Nous ne voyons plus que d'un œil. Tout est parti de travers. Les tirs sont partis. Sur des visages. Les yeux sont perdus. Et vous n'y voyez pas d'inconvénient ?
Nous voyons rouge. Nous en voyons de toutes les couleurs. Nous ne voyons plus habiter ce pays-là. Car la "sécurité globale" au détriment des libertés fondamentales nous reste en travers de la gorge. En travers, toujours en travers. Et vous ne voyez pas où nous voulons en venir ?
Nous ne nous voyons plus. Nous ne voyons plus nos parents, nos enfants, nos amies, nos copains, les gens. Ou alors de loin. Ou alors à travers des fenêtres. A travers des écrans. A travers des plastiques transparents. A travers, toujours à travers. Et on verra bien ?
Nous voyons des chiffres et des courbes tomber. Des têtes courbées. Nous voyons des yeux et des fronts. Presque partout, des yeux et des fronts. A travers les âges. A travers les rues. A travers, toujours à travers. Et calmons nous, voyons ?
Nous ne voyons plus le bout du tunnel. Nous n'en pouvons plus de voir nos horizons se réduire. Nous nous voyons en cachette. A travers le brouillard. Sur une voie, au travers de la route. A travers celles et ceux qu'on aime. A travers, toujours à travers. Voyons, qu'est-ce qui nous prend ?
Nous avons vu le jour. Nous voyons chaque nuit les étoiles tracer d'autres chemins. Nous voyons du pays en rêve. A travers nos sourires. A travers le monde. A travers l'histoire. A travers, toujours à travers. Et vous ne voyez plus rien à dire non ?
Nous n'en pouvons plus de vous voir vous, votre gouvernement et votre oligarchie. Car voyez-vous la colère peut dépasser la peur. Car voyez-vous l'envie de voir au loin, la rage de croire en d'autres lendemains, sont plus fortes. Libres d'aller et venir. A travers champs. A travers les villes. A travers les broussailles. A travers les espaces infinis. A travers, toujours à travers. Car vous n'avez encore rien vu.

crédits photos : Marc Raymond Photographe > https://marcraymond.photos

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