Même si je pars

Publié le par HélèneMêmesi

Je pars. Je quitte la maison construite par tes parents, cher grand-patriarche. La maison dans laquelle vous avez construit vos derniers pans de vie, chers aïeux. La maison dans laquelle j'ai voulu construire de nouveaux projets, cher quatuor.
Je pars. J'ai cru, ou voulu croire, en un retour aux sources. Dans la maison des aïeux. Puis, j'ai décru face à l'amer. J'ai été recrue de flux et de reflux. De flou et de refus. Dans la désillusion des lieux. Enfin, j'ai cru à nouveau en ce lieu de vie que j'avais laissé et qui ne m'a jamais quittée. À l'horizon, d'autre cieux. Les racines ont parfois de mystérieuses ramifications.
Je pars. Je suis venue ici, presque par hasard, prise d'une soudaine impulsion. Comme pour revenir à vous, chers aïeux. Vous sentir encore un peu là. Me sentir d'ici là. Différer la fin. Éviter le vide. Habiter l'absence. Il est temps que je revienne à moi. À la vie qui m'anime. Aux êtres de maintenant.
Même si je pars, sachez que vous rester chers à mes yeux, chers aïeux. Sachez qu'il reste en moi nos jours heureux. Les matins de printemps, d'arbres jeux, de branches lianes. Les après midi d'automne, de fougères séchées, de tisanes acidulées. Les soirs d'été, d'étangs, d'étendues. Les nuits d'hiver, de bouillottes, d'édredons.
Même si je suis celle qui part, je sais ce qui reste de vous. Ou plutôt je sais ce que je souhaite garder de vous. Vous deux, tout fringants, les yeux échappant à l'objectif pour mieux voir de possibles ailleurs. Vous deux, si enveloppants, debout côte à côte, sur la terrasse de votre maison. Et moi, montant dans la voiture. Avec la joie de vous avoir retrouvés. Et vous, restant jusqu'à ce que la voiture disparaisse, les bras levés. Pour mieux saluer mon départ. 

Numérisation et restauration de la photo par Marc Raymond Photographe > https://marcraymond.photos

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