Même si je suis à nouveau repartie en mère

Publié le par Hélène Mêmesi

En novembre dernier, je suis à nouveau repartie en mère. Face au nouvel équipage avec quatre membres à bord, la mère s'est révélée tour à tour paisible, agitée, limpide, houleuse. Quand la tempête menaçait, la mère s'est parfois retirée pour prendre le large, voguer, faire quelques escales avant de rentrer au port plus apaisée.
Dans ce nouveau voyage, j'ai senti la joie m’inonder avec mes êtres de lumière, j'ai goûté au sel de mes larmes si promptes à jaillir face à ce nouveau "tremblement de mère", j'ai apprécié le doux et fugace clapotis ponctuant parfois notre épopée.

Défiant mon capitaine préféré, j'ai parfois voulu prendre la barre pour être seule maîtresse à bord et naviguer aux côtés de mes figures de proue. Peu ou prou me direz vous. Peu ou prout dirait mon espiègle premier moussaillon en partant dans une cascade de rire. Oh comme notre embarcation m'a semblé frêle parfois, au plus fort de la tempête, au creux de la vague. Comme j'ai eu peur que nous touchions le fond, emportés dans nos flots d'émotions déchaînées et contradictoires, nos passages en maux/mots troubles. Comme j'ai failli perdre le nord face aux rivalités des membres de l'équipage avec un premier moussaillon parfois prêt à jeter la nouvelle venue par dessus bord. Comme j'ai été ballottée par le roulis de jour...comme de nuit. Et puis, nous avons traversé les saisons, nous avons lâché du lest pour rester à flot, mis les voiles, largué les amarres pour accoster sur de nouveaux rivages après avoir mis le cap sur Le Quatuor.

Même si je suis à nouveau repartie en mère, je reviens souvent sur Terre. Avec toujours, ce besoin de m'ancrer après avoir levé l'ancre. Ce désir de renaître au monde après avoir donné naissance. Et toujours, et plus que jamais, résonnent en moi des mots énoncés lors de mon premier voyage en mère quand des souvenirs très lointains remontaient à la surface durant ces périodes tumultueuses : Même si je suis repartie en mère une nuit d'été, je reste à jamais l'arrière petite-fille d'Italiens qui ont migré face à la montée du fascisme. La petite-fille d'un homme, alors enfant, qui est arrivé en vie dans un autre pays. A nous d'ouvrir nos portes à celles et ceux qui bravent les flots cherchant un nouvel horizon sur les rivages de l'humanité.

crédits photos : Marc Raymond Photographe > https://marcraymond.photos

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