Même si je suis repartie en mère

Publié le par Hélène Mêmesi

Photo par Irizium
Photo par Irizium

En août dernier, je suis arrivée enceinte à la maternité après avoir perdu les eaux. Pour ensuite passer une première nuit en mère et repartir, quelques jours plus tard, en proie à un flot d'émotions déchaînées et contradictoires. La vague déferlante de la maternité m'avait emportée. Oh oh c'est un peu bateau me direz-vous. Tant pis, j'embarque...

Face au nouvel équipage avec un Trublion à bord, la mère s'est révélée tour à tour paisible, agitée, limpide, houleuse. Quand la tempête menaçait, la mère s'est parfois retirée pour lever l'ancre, prendre le large, voguer, faire quelques escales avant de rentrer au port plus apaisée. Les nuits se passent parfois en pleine mère avec un phare (une lampe de poche) pour éviter les récifs (cubes, ballons, xylophone...) et repérer la tétine jetée par dessus bord quand le Trublion mousse (ou moumousse pour les intimes;-) devient espiègle pour accoster. Ce qui ne manque pas de sel pour relever notre goût de la parentalité. Emportée par différents courants dans un océan d'incertitudes, la mère a aussi parfois du mal à garder le cap. Fort heureusement, des liaisons régulières vers des îlots bienveillants et accueillants permettent de poursuivre le voyage.

Même si je suis repartie en mère, je reviens souvent sur Terre. Atterrée par un climat si délétère, par celles et ceux qui déblatèrent sur celles et ceux qui cherchent un refuge, si loin de leurs terres. Soufflée par ce vent de force 10 avec des rafales d'intolérance, des averses d'hostilité et des écumes de haine. En cette période tumultueuse, des souvenirs très lointains remontent à la surface. Même si je suis repartie en mère une nuit d'été, je reste à jamais l'arrière petite-fille d'Italiens qui ont migré face à la montée du fascisme. La petite-fille d'un homme, alors enfant, qui est arrivé en vie dans un autre pays. A nous d'ouvrir nos portes à celles et ceux qui bravent les flots cherchant un nouvel horizon sur les rivages de l'humanité.

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Papito 25/09/2015 09:33

Les larmes aux yeux.